The Story of Our Rammed Earth Home

The story of the rebirth of a technique and the building of a rammed earth home in a fishing village of Tunisia. Our dream? To one day build an earthen factory for our artisans.

Why Earthen Architecture?

Passive and elegant, earthen structures are cooler in the summer, warmer in the winter, soothing to the touch and to the soul. Earthen walls (no concrete) leave hardly any footprints. The top layer of agricultural soil is preserved and only the earth below it is used. It is a completely feasible and practical way to build, in any kind of weather. Earthen structures exist from the snowy lands of Austria and France to the dry deserts of Tunisia and America.

Our commitment to simplicity, sustainability, and local savoir faire will continue well on into our social entrepreneurship work...

 

Article from Archibat Magazine (in French).

French Text and English translation of the "Maison en Terre" / "Earthen House" article:

On aurait pu penser que les techniques de construction traditionnelles avaient été définitivement abandonnées en Tunisie au profit d’autres plus « modernes ». S’il est vrai que dans un passé récent cela avait bien été le cas, elles se présentent aujourd’hui comme une alternative innovante pour une architecture plus responsable. Une architecture capable, à la fois, de répondre aux évolutions sociétales et de favoriser la valorisation et le développement de savoir-faire « basse » technologie non-énergivore. L’expérience conduite par l’architecte Karim Ladjili à l’occasion de la réalisation de sa propre maison secondaire à El Haouaria constitue un exemple éloquent dans ce sens

Cette maison compose un ensemble avec une maison en pierres couverte d’une voûte de briques et une maison en briques creuses. Parmi les trois constructions, la maison en terre est la plus fraîche du fait de son implantation favorable au brassage naturel de l’air, de son orientation, de l’inertie de ses murs épais en terre et enfin de sa toiture ventilée. Des stores en bois protègent les grandes ouvertures du soleil d’été. Un peuplier fait ombrage sur la façade ouest durant la saison chaude, et dénué ses feuilles, illaisse passer les rayonnements en saison froide. L’idée du projet était de faire renaitre une technique de construction ancestrale en Tunisie celle du pisé, ou encorede la terre damée, dontla trace s’est perdue depuis quelques décennies pour faire place aux techniques de constructions contemporaines. L’intérêt principal d’un tel projet est l’utilisation de la terre extraite sur place ou provenant d’une carrière le plus proche possible du chantier pour éviter un transport polluant. Dans la région d’El Haouaria la terre est tufeuse et sa teneur en argile est insuffisante pour les exigences de construction. Celle utilisée a dû être amendée de chaux hydraulique de Thala à raison de 6% de sa masse. Elle a subi avec succès les tests en laboratoire. Le chantier a duré à peine cinq mois. Laconstruction s’appuie sur des fondations et un soubassement en pierres. Cette base, qui émerge du sol d’environ 50 centimètres, permet de protéger le pisé de l’eau de pluie et des autres agressions mécaniques. Une fine couche de bitume coulée entre la pierre et la terre empêche les remontées capillaires.

Pour faciliter la réalisation un coffrage en bois modulable a été imaginé. Il a permis la réalisation de portions droites ou en angle de différentes longueurs. Il a été conçu de façon à permettre à l’ouvrier de s’y déplacer sans être gêné par les tiges de maintien. Il a été réalisé chez un artisan de la région. Tout le bois de coffrage a été récupéré à la fin du chantier et utilisé pour des cloisons intérieures. La terre est versée par couches successives de 15 cm environ puis compressée en une couche d’une dizaine de centimètres. Les banches sont enlevées immédiatement après. La terre étant est très peu humide sa prise est pour ainsi dire instantanée.

Les murs porteurs, d’une épaisseur de 50 cm et représentant une surface totale de 60 m environ,  ont été montés en trois semaines. Cequi correspond à 3 m2 par jour.  Le rendement a été pénalisé par le poids trop important des banches dont l’installation pouvait prendre une demie journée et parfois même une journée entière. Il pourrait être facilement amélioré par l’allègement des coffrages. La construction n’a nécessité aucun poteau supplémentaire en béton armé.

Les murs en terre peuvent, dans certaines régions, rester apparents. Ce qui n’a pas pu être le cas pour cette maison. En effet l’intensité des pluies du Cap Bon et la qualité moyenne de la terre utilisée ont nécessité la protection des murs par un enduit. L’avantage de la terre qui est un matériau qui respire est de contribuer à la régulation del’hygrométrie des espaces internes. Il s’agissait donc de choisir un enduit de même nature, composé des mêmes constituants que ceux utilisés pour les murs, la terre et la chaux, dans des proportions différentes. L’ensemble des façades a été chaulé à l’instar des constructions traditionnelles tunisiennes.  Les murs intérieurs ont été enduits d’une première couche d’accroche proche du matériau du mur, puis une deuxième couche plus dense en chaux a été appliquée. Le tadelackt, technique marocaine d’enduit naturel pour pièces humides, a été utilisé dans la salle de bain. Pour la toiture le choix s’est porté sur le bois, en référence à certaines techniques de toitures traditionnelles tunisiennes, mais égalementen guise de démonstration de la solidité des murs de terre. Les bois utilisés n’étaient pas des bois de charpente et n’étaient pas traités convenablement pour cet usage. Ils ont donc été imprégnés d’une huile de protection. Les parties de bois en contact avec les murs en terre ont été enduits de bitume pour éviter les transferts d’humidité. Une chape en béton allégé a été coulée pour lester la toiture et l’isoler. L’ensemble a ensuite été recouvert d’une tôle en acier, assurant l’étanchéité et créant un espace de ventilation contribuant au rafraichissement.

La maison chaulée blanche, ne laisse pas forcément apparaitre le matériau qui la constitue. L’exercice consistait à montrer que la terre peut être un matériau tout à fait commun, que son utilisation n’est pas uniquement un choix plastique. C’est un matériau local, écologique, qui a des qualités acoustiques, thermiques, hygrothermiques et qui demande une vraie maitrise de la part des maçons. Pour autant, c’est un matériau d’architecture, de composition. Il permet d’enrichir la palette du concepteur qui peut jouer avecla massivité des murs, leur texture, leur couleur, pour produire des effets plastiques, visuels, tactiles, esthétiques enfin, très subtiles.

One would think that the traditional building techniques had been permanently abandoned in Tunisia to the benefit of more “modern" construction methods. While in the recent past this had been the case, traditional building methods stand today as an innovative alternative, a more responsible architecture. An architecture capable of both meeting the demands of an evolving society and of promoting the recovery and development of ancient know-how of energy sensitive technology. The experiment conducted by the architect Karim Ladjili during the realization of his own home in El Haouaria (Cap Bon, Tunisia) is an eloquent example in this sense.

This house is composed in an ensemble family compound with a stone house covered with a brick vaulted roof and a bungalow made of hollow bricks. Of the three buildings, the newly built earthen house is cooler due to its favorable location with natural air circulation, its orientation, inertia of the thick mud walls and finally a ventilated roof. Wooden blinds protect large openings from the summer sun. A poplar tree overshadows the western facade during the hot season, and stripped of its leaves in winter, it lets in warmth. The idea of he project was to help revive a construction technique ancestral to Tunisia: that of rammed earth, whose traces had been lost in recent decades to make way for modern buildings techniques. One advantage of such a project is the use of the extracted (sub agricultural) soil on site or from one nearest the job site to avoid transportation of materials. In the area of El Haouaria, land is tufeuse and clay content is insufficient for construction requirements. The earth used has been amended with hydraulic lime from the city of Thala, at a rate of 6% of its mass. This combination passed the laboratory tests. The project took just five months. The construction is based on a foundation and a base of stones. This base, which emerges from the ground about 50 centimeters, can protect the earthen walls from rainwater and other mechanical damage. A thin layer of bitumen cast between the stone and the earthen wall helps to prevent capillarity transfer of dampness from the base of the wall.

To help speed the process, a modular wooden formwork was built. It permits the realization of straight or angled portions of different lengths. It is designed to allow the workers to move without being hindered by support rods. The walls were built by a local craftsman. All the wood formwork was recovered at the end of construction and used for interior partitions. The earth is laid in layers of about 15 cm and then compressed into a layer of a few inches. The wall forms are then removed immediately. The resulting earthen wall is hardly humid and is done virtually instantaneously.

The bearing walls, with a thickness of 50 cm and a total area of about 60 m, were mounted in three weeks. Roughly 3 m2 of earthen wall per day was built. Performance was affected negatively only by the excessive weight of the formwork wood, which meant the installation ofone formwork was slowed down and took half a day and sometimes even a whole day. It could easily be improved by lightening the weight of the wood used to build the formwork. This construction did not require any additional reinforced concrete columns.

Earthen walls can, in some regions, remain apparent (uncoated). This was not been the case for this home. Indeed rainfall intensity in the Cap Bon region and the average quality of the earth used required the protection of the walls with a coating. The advantage of the earth, which is a material that breathes, is to contribute to the humidity control of the inner spaces. It was therefore crucial to choose a similar coating. An earth and lime coating was chosen, consisting of the same components as those used for the walls, but in different proportions. The entire facade was limed like traditional Tunisian constructions. The interior walls were coated with a first bonding layer near the wall material, and then a second denser layer of lime was applied. Tadelackt, a Moroccan natural coating technique for wet rooms, was used in the bathroom. For roofing, a natural choice towards wood was made, in reference to certain techniques of Tunisian traditional roofs, but also as a demonstration of the strength of the walls of earth. The wood used was not timber and not treated properly for this use. They were covered with a protective oil. Parts of wood in contact with earth walls were coated with bitumen to prevent moisture transfer. A light concrete base was cast for weighing down the roof and insulating. The whole ensemble was then covered with a steel plate, assuring its sealing and creating a space for ventilation contributing to refreshing interior.

 A limed white house, does not overtly reveal the materials it is constructed with. The exercise was to show that the earth may be a material quite common, and that its use is not only a aesthetic choice. It is a local, environmentally friendly material that has acoustics, thermal, hydrothermal qualities and requires real mastery from the Masons. However, this is an architectural material, one of composition. It enriches the palette of the designer who can play with the massiveness of the walls, texture, color, to produce plastic effects that are visual, tactile, aesthetic and finally, very subtle.

Trois Questions à l'architecte Karim Ladjili

Three Questions for the Architect Karim Ladjili

Archibat : En êtes-vous à votre première expérience de construction en terre ?

J’ai grandi en Tunisie, j’ai fait mes études d’architecture en France. Après avoir travaillé pendant cinq années dans une agence d’architecture à Paris, j’ai décidé d’explorer une connexion plus intime avec l’architecture à travers la construction en terre. J’ai suivi en 2001/2002 un programme de spécialisation au laboratoire CRATerre à Grenoble. Pour conclure cette formation, dans le cadre de son volet pratique, je suis allé travailler quelque mois chez l’Architecte Elie Mouyal à Marrakech et j’ai ensuite construit un premier petit bungalow en pisé à El Haouaria. J’ai eu la chance de rencontrer à Borjine (près de Msaken) un d’un certain âge qui avait construit en terre dans le passé et qui a accepté de passer une semaine avec nous sur le chantier pour former les ouvriers.

Is this your first experience of building with earth?

I grew up in Tunisia, I did my studies in architecture in France. After working for five years in an architectural practice in Paris, I decided to explore a more intimate connection with architecture through earthen construction. I followed, in 2001/2002, an honors program at CRATerre school in Grenoble. To conclude the training, as part of its practical part, I went to work a few months for the (earthen) architect Elie Mouyal in Marrakech and then I built a first small adobe bungalow in El Haouaria, Tunisia. I had the chance to meet in Borjine (near Msaken) a man of a certain age who built earth in the past and who agreed to spend a week with us on site to train workers.

Pourquoi le choix de ce matériau ?

La terre m’intéresse pour sa richesse, ses potentialités et son exigence. C’est un matériau écologique par excellence. Il peut être associé à d’autres matériaux ou techniques comme le bois, les voûtains de briques, la brique de terre comprimée, le béton, etc… Sa construction demande une certaine discipline et du savoir-faire. On ne peut pas être approximatif. Le matériau est sensible à l’eau et la moindre erreur peut avoir de graves conséquences. Travailler avec la terre est un acte naturel. Son contact est apaisant et rassurant. Cette impression a été partagée avec les maçons qui ont, malgré les difficultés, alimenté cette aventure de leurs questionnements, de leur savoir. Ils ont adapté leur compétence à ce nouveau matériau. Ce projet a d’abord été une expériencehumaine.

Why the choice of this material?

Earth interests me for its richness, its potential and its exigence. It is an ecological material par excellence. It can be combined with other materials or techniques such as wood, brick vaults, brick compressed earth, concrete, etc ... Its construction requires some discipline and know-how. It can not be approximate. The material is water sensitive and the slightest error can have serious consequences. Working with the earth is a natural act. Its touch is soothing and reassuring. This impression was shared with the masons who, despite the difficulties, fueled the adventure with their questions, their knowledge. They adapted their skills to this new material. This project was first and foremost, a human experience.

En quoi la construction en terre pourrait-elle constituer une alternative actuelle en Tunisie ? 

Dans un contexte tunisien où l’actualité politique a exacerbé les exigences d’une meilleure répartition des richesses et d’une plus grande justice sociale, la construction en terre pourrait constituer une solution. Outre la création de filières terre basse technologie et de la revalorisation de savoir-faire locaux, le matériaurééquilibre l’économie du projet en faveur des maçons et des ouvriers en comparaison avec un mode de construction ordinaire. Dans une construction « classique » en briques creuses et béton, la maind’œuvre représente 30 à 40% du coût de la construction, les matériaux 60 à 70%. Dans une construction en terre les proportions s’inversent au dépend du revendeur et par conséquent en faveur de l’artisan maçon. Pour l’architecte enfin, construire en terre est l’occasion de dépasser le simple rôle de prescripteur de matériaux manufacturés piochés dans des catalogues. Il est appelé, au contraire, à faire preuve d’ingéniosité pour imaginer et dessiner des solutions dans un échange d’égal à égal avec les autres corps de métiers et dans le respect du matériau.

How can earthen construction constitute an alternative in modern day Tunisia?

In a Tunisian context where political news has exacerbated the demands of a better distribution of wealth and greater social justice, earthen construction could be a solution. In addition to creating low-tech sectors earth and the validation of local know-how, this material balances the economics of the project for the masons and laborers in comparison with a standard mode of construction. In a "classic" construction of hollow concrete bricks, for example, the workforce represents 30-40% of the cost of construction and the materials represent 60 to 70%. In a building with earth, proportions are reversed at the expense of the mass vendors and therefore in favor of artisanal masons. For the architect, finally, building earthen is an opportunity to go beyond the simple role of prescribing manufactured materials picked in catalogs. It is a calling, instead, to be resourceful and to imagine and design solutions in an equal footing with other trades and all the while with a respect for the materials used.